La distance au sein du couple
La distance, la déconnexion, l’éloignement, cet espace qui semble parfois se creuser entre soi et l’autre… Est-ce normal ? Faut-il s’en inquiéter ? Est-ce le signe d’un problème… et surtout, d’où vient-elle ?

Respiration ou déconnexion ?
« Le couple est comme une respiration », écrit Marc d’Anselme dans son ouvrage « L’amour durable » (1). Une alternance naturelle d’allers et retours entre soi et le couple.
Il est en effet tout à fait normal de traverser des phases de proximité et de distance. Un couple stable en fait l’expérience sans “inquiétude” : ces mouvements sont nécessaires à l’équilibre de chacun et à celui du lien. Les moments de distance ne sont pas forcément le signe d’un problème ou d’une fuite, mais plutôt l’expression d’un besoin d’espace, de recentrage ou simplement d’un rythme différent.
La difficulté apparaît lorsque le rapprochement devient difficile et que la distance s’installe, au point de soulever des questions ou de créer un réel sentiment de « déconnexion ».
Mais alors, qu’est-ce qui éloigne ?

Ce qui abime le lien
En accompagnement, les couples cherchent souvent une cause unique, un événement déclencheur qui expliquerait cet éloignement. Parfois, c’est le cas. Mais souvent, c’est l’accumulation de maladresses ou de comportements répétés qui fragilisent le lien.
Ces erreurs, conscientes ou non, peuvent devenir de véritables formes de violence relationnelle.
- Le silence
Il vaut parfois mieux se taire que de prononcer des paroles blessantes. Mais lorsque le silence est utilisé pour éviter, ignorer ou punir, il devient profondément destructeur. Le silence, s’il est nécessaire, doit être expliqué et limité dans le temps. - Le contrôle
Vouloir influencer ou changer son partenaire est une tentation fréquente… souvent animée par de bonnes intentions. Pourtant, l’autre reste libre de ses choix, de ses opinions, de ses comportements. Aimer, c’est reconnaître cette liberté et accepter que notre cadre ne s’impose pas à l’autre. Le contrôle, même subtil, finit toujours par étouffer le lien.
On ne change pas son partenaire, on ajuste la relation. - La déresponsabilisation
C’est ce réflexe qui consiste à justifier nos réactions par les paroles ou les gestes de l’autre : « J’ai réagi comme ça parce qu’il/elle m’a dit cela. »
Nous ne contrôlons pas nos émotions, mais nous restons responsables de nos comportements. Rien ne justifie la vengeance, la fermeture ou l’agressivité. Prendre la responsabilité de ses actes, c’est reprendre du pouvoir sur la relation. - L’invalidation du ressenti de l’autre
Minimiser, nier ou rejeter ce que l’autre ressent est une forme de violence. Le ressenti est subjectif mais toujours réel pour celui qui l’éprouve. Accueillir l’émotion de son/sa partenaire, même sans la comprendre pleinement, c’est déjà lui faire une place. - Prendre personnellement le ressenti de l’autre
Se sentir attaqué face à une émotion exprimée — et réagir sur la défensive — bloque la communication. Apprendre à écouter sans se sentir visé permet de restaurer le dialogue et de nourrir la confiance. - Le manque de respect
La dévalorisation, le mépris, l’infantilisation, l’humiliation ou les moqueries sont autant de violences, parfois banalisées, profondément destructrices. Elles abîment durablement l’estime et la sécurité émotionnelle du couple.

En conclusion
La distance est naturelle si elle n’est pas une protection ou la conséquence d’un lien qui s’abîme.
Des erreurs qui abiment le lien, nous en faisons tous. Parfois par réflexes défensifs ou maladroits, surtout dans les moments de tension ou de fatigue. Mais en prendre conscience, c’est déjà commencer à les désamorcer.
Une relation se protège et s’entretient en équipe. Cultiver un lien sain ne consiste pas à être parfait, mais à rester attentif, responsable de ses émotions et ouvert à l’autre, encore et encore.
Maureen GILMANT
16 février 2026, Lyon
Source :
(1) Marc d’Anselme – « L’amour durable »
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