Zoom sur :
les styles d’attachement

Pourquoi avons-nous parfois un fort besoin de réassurance dans nos relations, ce besoin de savoir que l’on compte pour l’autre ?
Ou, à l’inverse, pourquoi certaines personnes ont-elles tendance à prendre la fuite lorsque la relation devient trop intime ?
Pour mieux comprendre ces dynamiques, il est utile de s’intéresser à un concept dont on entend beaucoup parler ces dernières années : les styles d’attachement.
Théorie de l’attachement : ce que l’enfance nous a appris du lien
À l’origine, plusieurs travaux menés à partir des années 1960 par des psychologues, pédiatres et psychiatres (notamment Winnicott, Harlow, Bowlby et Ainsworth) visaient à mieux comprendre l’impact du lien d’attachement sur le développement affectif, cognitif et social de l’enfant.
John Bowlby théorise notamment la notion de pulsion d’attachement. Elle met en évidence la corrélation entre certains comportements identitaires et relationnels à l’âge adulte, avec la qualité des interactions reçues de la part des figures d’attachement durant l’enfance.
En d’autres termes, la manière dont les figures de référence ont été en lien avec l’enfant influencera durablement sa façon de percevoir l’attachement, puis plus tard, d’entrer en relation avec les autres.
Selon la disponibilité physique et émotionnelle reçue, l’attachement procure (ou non) une sensation de sécurité, essentielle à l’exploration, à l’autonomie et à l’épanouissement.
À l’âge adulte, le rapport à la relation et à l’intimité est donc teinté de ces expériences précoces, ainsi que des besoins non satisfaits qui peuvent en découler.
De manière souvent inconsciente, des stratégies relationnelles et des mécanismes de protection se mettent alors en place. C’est à ce niveau, que des difficultés peuvent apparaître :
- D’une part, parce que ces stratégies peuvent être confondues avec des traits de personnalité et devenir identitaires.
- D’autre part, parce qu’elles peuvent s’avérer très limitantes : difficulté à entrer en relation, à maintenir le lien, ou encore à s’engager durablement.

Les différents styles d’attachement
Les travaux de Mary Ainsworth, dans les années 1970, ont permis de distinguer quatre styles d’attachement :
- Sécure : capacité à réguler le lien à l’autre de manière équilibrée
- Évitant : peur de la proximité, tendance à la distance et à la fuite
- Ambivalent (souvent appelé anxieux) : peur de l’abandon, fort besoin de réassurance et de lien
- Désorganisé : coexistence du désir de lien et de la peur de celui-ci
Quelques exemples concrets
Lorsque, durant l’enfance, les figures d’attachement ont eu tendance à surinvestir l’espace et la liberté de l’enfant, en se montrant par exemple invalidantes, contrôlantes, envahissantes, jugeantes, blessantes ou intrusives, l’enfant peut développer la croyance que la proximité est dangereuse et que la relation prive de liberté.
Cela peut favoriser le développement d’un attachement évitant.
À l’âge adulte, cela peut se traduire par une tendance à fuir le lien, à éviter les conflits, à chercher à plaire, à se couper de ses émotions, ou encore par une difficulté à recevoir les critiques et les demandes de l’autre. Il peut également être difficile de recevoir l’amour, de s’engager ou de se montrer vulnérable.
Ces stratégies de protection peuvent donner une impression de froideur, de distance ou, à l’inverse, d’une grande assurance. Pourtant, derrière cette carapace et ce « masque » d’ultra-indépendance, le besoin fondamental reste le même que pour tout être humain : être en lien.
À l’inverse, lorsque les figures d’attachement ont été peu investies, négligentes, absentes, évitantes ou indisponibles sur le plan physique ou émotionnel, l’enfant peut développer la croyance que la proximité est indispensable à la relation et éprouver une peur intense de la distance.
Cela peut favoriser un attachement anxieux.
À l’âge adulte, cela peut se manifester par des comportements de fusion, ou une tendance à faire passer les besoins de l’autre avant les siens. Des comportements de jalousie ou de possessivité peuvent également apparaître, ainsi qu’une difficulté à poser ses limites, à gérer les tensions relationnelles ou à s’épanouir dans l’autonomie. Ces stratégies peuvent être vécues par l’entourage comme oppressantes ou révélatrices d’une dépendance affective.

En conclusion
Le lien, le partage et les échanges sont des besoins humains fondamentaux, essentiels à la survie, au développement et à l’épanouissement.
Concernant les styles d’attachement, il est important de nuancer : nous ne sommes pas enfermés dans une “case” ni dans un profil figé. Les styles d’attachement peuvent évoluer et s’exprimer de manière plus ou moins marquée selon les périodes de vie et les relations traversées.
Le choix du partenaire et la relation de couple sont des terrains particulièrement propices à l’expression des styles d’attachement, car ils engagent un lien qui nécessite une forte vulnérabilité et réactive nos besoins d’attention, d’affection et d’intimité.
Prendre conscience de son style d’attachement, c’est déjà faire un pas de côté et avancer.
L’accompagnement peut alors passer par une prise de conscience des schémas relationnels, ainsi que par la mise en place de nouvelles habitudes au quotidien, afin de tendre vers un équilibre relationnel plus apaisant.
Maureen GILMANT, Lyon
27 janvier 2026
Sources :
John BOWLBY « Attachement et perte » 1969
Mary AINSWORTH « Patterns of Attachment » 1978
Boris CYRULNYK « Sous le signe du lien » 1989
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